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Censure, lenteurs, immobilisme : une page du récit des débuts de l’écologie aux Etats-Unis.

October 16, 2018

 

 

Les débuts de l'écologie aux Etats-Unis sont marqués par une vaste controverse, publiée récemment par le New York Times. Retour sur dix ans de triche et d'influences au sommet de l'état Américain.

 

1979 : Découverte, théorisation, première mobilisation et premières difficultés

 

Tout commence par un rapport technique parmi tant d’autres, parcouru par Rafe Pomerance, militant écologiste, dans lequel il est écrit : « la poursuite de l’usage des énergies fossiles pourrait apporter un changement significatif et porteur de dégâts d’ici 20 ou 30 ans ». Il s’entoure alors de G. McDonald, ancien conseiller de Kennedy et de Nixon sur l’environnement, géophysicien à la pointe de la question du Co2 depuis les années 60. Ils vont se donner ensemble la mission d’alerter l’opinion et la politique de ce sujet brûlant. Des rencontres, conférences et interviews sont organisées, débouchant sur une mise au travail par le Bureau présidentiel d’un comité indépendant d’expertise afin de déterminer la mesure du problème.

Ce comité indépendant, présidé par le père de la météorologie moderne, J. Charney, utilise les théories des « mondes possibles » d’un mathématicien de renom, J. Hansen : l’objectif est de reconstituer les rapports de forces naturels qui existent sur Terre, pour pouvoir en accélérer l’évolution et ainsi avoir une vision sur l’avenir climatique de la planète. Le rapport est formel : le doublement des seuils de carbone dans l’atmosphère entrainera une hausse de la température globale de 3 degrés. Le président Carter demande à l’académie des sciences de plancher sur une série de mesures pour rectifier le tir.

Toutefois, les avis divergent fortement. En 1980 lors d’une réunion de travail, une drôle de cacophonie remplace le communiqué final : « le réchauffement climatique va probablement avoir lieu », « presque sûrement avoir lieu » « est encore mal déterminé » …

Les industries pétrolières sont associées au processus de réflexion et de décision. De manière surprenante, celles-ci sont parties prenantes d’une transition vers un modèle renouvelable, prises de panique d’être accusées de dégâts environnementaux colossaux. Elles investissent dans des programmes de recherche censés trouver des solutions concrètes.  

 

1980 - 1983 : exceptionnalisme américain et double-jeu médiatique

 

L’élection de R. Reagan jette un pavé dans la mare de l’écologie naissante. Lorsqu’il lit le rapport du conseil de l’environnement validant les thèses alarmantes de McDonald, il envisage de supprimer purement et simplement le conseil. Cette attitude inquiète, même au sein de son propre camp. Pomerance contacte alors Al Gore, jeune sénateur, qui organise une conférence avec Jim Hansen en lanceur d’alerte : l’opinion réagit fortement, une chaîne de télévision consacre trois minutes au sujet, le pari est gagné. Exxon se prononce en faveur d’un nouveau modèle d’énergie, reconnaissant que le capitalisme est « moins que satisfaisant » pour gérer l’effet de serre : le problème devient politique.

En 1983 lorsque l’académie des sciences est enfin prête à publier des résultats, elle demande à J. Nierenberg de présenter le rapport au cours d’un grand gala en présence des politiques, scientifiques et industriels. J. Nierenberg est un scientifique important aux Etats-Unis, ayant participé à l’élaboration de la puissance nucléaire américaine, qui croît à l’exceptionnalisme américain, considérant que l’Amérique peut régler tout problème. Alors qu’à l’Académie il milite pour agir en faveur de l’environnement, à la télévision il assène au grand public que « vous pouvez faire avec ». Les dégâts de ces mots sont immenses et provoquent un doute, voire un immobilisme latent sur la question de l’environnement, qui permet notamment à Exxon de retourner sa veste : si même l’Académie considère qu’il n’y a pas urgence …

 

1985 – 1988 : Preuves irréfutables du réchauffement climatique et « conservatisme yankee »

 

En 1985, la revue Nature publie un article qui justifie l’existence d’un trou dans la couche d’ozone, ce qui fait augmenter le taux de cancer de la peau. Certains produits chimiques sont incriminés et l’opinion publique se soulève contre l’utilisation de ceux-ci : l’administration Reagan est bien obligée de s’en préoccuper et ratifie des mesures à Vienne. L’urgence climatique est telle qu’en 1988, l’Amérique connaît une vague de chaleur sans précédent : un immeuble prend feu spontanément à Los Angeles, Harvard est obligée de fermer à cause de la chaleur et les incendies font rage dans les zones sensibles du pays. Des mesures sont prises, notamment au cours du « Woodstock du climat » à Toronto en 1988 : objectif réduction des émissions de Co2 de 20% à l’horizon 2005. L’ONU crée le GIEC, organe consacré exclusivement à la question du réchauffement climatique. Pourtant, de nouveaux éléments retardent à nouveau un engagement total des Etats-Unis en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. J. Sununu, chef du personnel de la maison blanche, député du New Hampshire et tête de gondole du conservatisme yankee, demande à Jim Hansen d’expurger de son témoignage au Sénat des éléments trop alarmants. Il demande également aux représentants américains de ne pas se « lier les mains » lors de la conférence sur le climat à Genève, pour ne pas « gêner le business » Américain. Al Gore rebondit sur le sujet et tient enfin son « méchant » pour l’opinion : le censeur de la Maison Blanche qui falsifie la science.

Pourtant, le bras de fer s’intensifie entre les écologistes convaincus et la Maison Blanche, qui œuvre en secret pour ne jamais s’engager de manière contraignante. A Noordjwijk aux Pays-Bas, alors que de l’avis général la bonne solution serait de maintenir en 2000 les émissions de Co2 au même niveau qu’en 1990, les Etats-Unis auraient convaincu les Soviétiques, les Japonais et la Grande-Bretagne de ne pas signer de texte contraignant : avec succès. Les débats se prolongent toute la nuit et au petit matin, la déclaration finale note simplement que « plusieurs nations » soutiennent la stabilisation des émissions, sans préciser lesquelles ni comment y arriver. Les scientifiques sont furieux : « Washington n’est pas un partenaire mais un voyou », selon le directeur de l’agence pour l’environnement.

 

Une enquête tirée de l'article du journal Le Temps, Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique, un texte de Catherine Frammery paru le 24.08.2018.

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